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  bruylant INTRODUCTION Par le décret du 14 décembre 1810, Napo-léon complétait le cadre légal de la refonda-tion des barreaux et leur restituait, en organi-sant l’existence et le fonctionnement desconseils de discipline, une forme d’autonomie.Six mois plus tard, le 13 juin 1811, les avocatsinscrits au Tableau – un Tableau préparé parl’autorité judiciaire – étaient appelés à prêterserment, selon une formule qui devait réunirles valeurs traditionnelles du barreau et l’allé-geance au pouvoir exécutif.À l’initiative des bâtonniers de l’Ordre fran-çais et de l’Ordre néerlandais du barreau deBruxelles, l’année judiciaire 2010-2011 a vu lebicentenaire de l’Ordre célébré par de nom-breuses manifestations dont la célébration offi-cielle le 22juin 2011 au Palais de Justice. L’unede ces manifestations a pris une forme plus dis-crète, qui n’a pas été consommée dans l’instant.Elle nécessitait un engagement sur la longuedurée, dans l’ombre et dans la sérénité. Cetteactivité discrète – presque souterraine – donnele jour, deux ans après avoir été envisagée, à unouvrage sur l’histoire du barreau de Bruxelles.La célébration par le barreau de Bruxelles deses deux cents ans d’existence par la prépara-tion d’un ouvrage historique constitue un évé-nement dont l’importance doit être bien com-prise, et soulignée. Comme le relève YvesOzanam, historien et archiviste du barreau deParis, «l’avocat d’aujourd’hui est à la fois unhomme nouveau et un héritier. S’il est vrai quela profession a subi dans les trente dernièresannées de profondes mutations, elle est égale-ment riche d’une tradition multiséculaire»(1).L’appréhension historique du barreau par sesmembres ne relève pas du folklore ou de lasatisfaction d’une curiosité d’érudit danslaquelle, on le sait, les avocats s’épanouissentvolontiers. La profession d’avocat, son organi-sation et les modalités de son exercice se struc-turent dans le temps. Il suffit, pour s’enconvaincre, de songer à la prégnance desvaleurs attachées à l’exercice de la professiond’avocat – ou encore du discours ou du débatsur ces valeurs – jusqu’aujourd’hui. Le barreauet la profession d’avocat, dans les différentesphases de l’évolution qu’ils ont connues tout aulong des XIX e  et XX e siècles, n’ont cessé de seréférer à ces valeurs, que ce soit pour leur mani-fester leur attachement, que ce soit pour lesrepousser au nom de l’affirmation de la moder-nité ou pour composer avec elles. Elles forment,dans la longue durée, le pivot autour duquel sedéveloppent les représentations nouvelles del’avocat, mais aussi les résistances aux change-ments. Ce temps long de l’évolution de la repré-sentation de l’avocat prend une importancetoute particulière dans l’un des aspects essen-tiels de la vie de l’Ordre, son activité discipli-naire, et dans sa dimension jurisprudentielle.L’appréhension par les deux Ordres de ladimension historique de leur activité, autrementdit l’attention portée à l’histoire comme l’un deséléments constitutifs de leur activité contempo-raine, paraît se manifester enfin.Les avocats n’accomplissent pas seulementles actes liés à leur office. Représentant, dansl’exercice de leur mission de défense, l’expres-sion des valeurs démocratiques attachées àl’activité judiciaire, ils ont vocation à prendreune part active dans le cours de la vie socialeet politique. On sait combien ils jouent,depuis toujours, un rôle de premier plan dansla société elle-même, à travers leurs engage-ments politiques ou par les liens étroits qu’ilsentretiennent avec différents acteurs de la viesociale. Les avocats exercent des mandatspolitiques, animent les cercles intellectuels,cultivent des relations étroites avec le mondede l’industrie et de la finance, les universités,le monde de l’art ou les milieux littéraires. Etles avocats bruxellois? Plus encore, sansdoute. Et c’est ce qui rend l’histoire du bar-reau de Bruxelles d’autant plus attrayante etson étude, d’autant plus incontournable. Lebarreau de Bruxelles n’est pas seulement leplus ancien du pays. Il n’est pas seulement –et depuis 1811 – le plus important des bar-reaux en termes d’effectifs. Il est surtout asso- (1) Y. O zanam , «Histoire et avenir des avocats»,  in  B. B eigner  et al . (dir.),  Droit et déontologie de la profession d’avocat , Paris, P.U.F.,2002, p. 13.  16 introduction bruylant cié, depuis 1830 – depuis que Bruxelles s’estimposée comme la capitale du royaume deBelgique –, à la vie des plus hautes institu-tions politiques, administratives et judiciaires,mais aussi aux développements les plusimportants de la vie intellectuelle et artis-tique. Le groupe des avocats bruxellois est-ildonc le seul qui soit digne d’intérêt? Loin delà. Qu’il s’impose face aux barreaux dits de«province», sans doute, mais le barreau deBruxelles partage la qualité de barreaud’appel avec d’autres barreaux : avec le bar-reau de Liège depuis 1811, avec le barreau deGand depuis 1832, avec les barreaux d’Anverset de Mons depuis 1970. Cependant, quoiqu’ilait partagé la qualité de barreau d’appel avecd’autres barreaux, il paraît évident que le bar-reau de Bruxelles a exercé une influence déter-minante sur le développement de la professiond’avocat en Belgique. Il paraît évident égale-ment que le barreau de Bruxelles, par sa posi-tion, par la richesse des liens qu’il entretientavec l’histoire politique et l’histoire sociocul-turelle de la Belgique, présente un intérêt par-ticulier.Si l’histoire des barreaux paraît digned’attention, il faut regretter qu’elle n’ait, à cejour, fait l’objet d’aucune étude scientifiqued’envergure (2). C’est du moins le constat quipeut être dressé en ce qui concerne son his-toire à l’époque contemporaine (3). La pau-vreté des travaux scientifiques entrepris dansce domaine contraste avec l’état desrecherches menées dans les pays voisins,notamment en France et aux Pays-Bas (4).Des efforts ont été accomplis, plusieurs étudesde prospection ont été menées, constituantdes premiers défrichements (5). Ces études res-tent très générales et superficielles. L’étudedes barreaux locaux n’est quasiment pas abor-dée, alors qu’elle seule peut livrer des résultatsintéressants sur l’organisation de la professiond’avocat, les débats qui s’y livrent, les rela-tions qui s’y nouent. Pour l’essentiel, seuleune poignée de barreaux flamands ont faitl’objet d’une étude un peu plus approfondie.Ces études sont le plus souvent dues à l’initia-tive des acteurs eux-mêmes, comme ce fut lecas récemment pour le barreau d’Anvers (6).Malgré son importance, le barreau deBruxelles – à l’époque contemporaine – n’afait l’objet d’aucune étude scientifique appro-fondie. On ne connaît que quelques contribu-tions, très parcellaires, et souventanciennes (7). Jusqu’à présent, celui qui sou-haitait approcher l’histoire du barreau deBruxelles devait essentiellement se contenterdu «classique» de Gustave Duchaîne et (2) Voy., pour un état de l’historiographie, B. Q uintelier , «Bronnen voor de geschiedenis van de Belgische advocatuur : de archievenvan de Ordes van Advocaten»,  in  M. D e  K oster , X. R ousseaux  et K. V elle  (dir.),  Justice et société : sources et perspectives pour l’histoiresocio-politique de la justice en Belgique , Bruxelles, Archives générales du Royaume, 2010, pp. 21 à 37; B. Q uintelier  et G. M artyn , «Dejuridische vrije beroepen»,  in  P. V an  D en  E eckhout  et G. V anthemsche  (dir.),  Bronnen voor de studie van het hedendaagse België, XIX e -XXI e eeuw , Bruxelles, Commission royale d’histoire, 2009, pp. 1016 à 1032. Outre le présent ouvrage, la thèse de doctorat qui sera prochai-nement défendue par Bart Quintelier devrait contribuer à combler cette lacune : B. Q uintelier ,  Geschiedenis van de Belgische advocatuur.Het wettelijk kader van de tuchtrechtspraak en zijn toepassing aan de Antwerpse balie , thèse de doctorat inédite, Université de Gand, 2012(en préparation).(3) La profession d’avocat et l’organisation du barreau sous l’Ancien Régime ont fait l’objet de plusieurs études, quoique légèrementdatées. On mentionnera notamment l’important ouvrage de J. N auwelaers ,  Histoire des avocats au Souverain Conseil de Brabant , Bruxelles,Bruylant, 1947.(4) Voy. notamment, en ce qui concerne la France, Y. O zanam , «Histoire et avenir des avocats»,  op. cit ., pp. 58 à 65. Pour les Pays-Bas :E. H enssen ,  Twee eeuwen advocatuur in Nederland, 1798-1998 , Deventer, Kluwer, 1998.(5) V. B ernaudeau  et al . (dir.),  Les praticiens du droit du Moyen Âge à l’époque contemporaine. Approches prosopographiques (Belgique,Canada, France, Italie, Prusse) , Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2008; G. M artyn  et al . (dir.),  Geschiedenis van de advocatuur inde Lage Landen , Hilversum, Verloren, 2009; G. M artyn , «Evoluties en revoluties in de Belgische advocatuur»,  in  D. H eirbaut , X. R ous-seaux  et K. V elle  (dir.),  Histoire politique et sociale de la Justice en Belgique de 1830 à nos jours , Bruges, La Charte, 2004, pp. 227 à 255.(6) J. V erstraete ,  De jodenverordeningen en de Antwerpse balie : historische studie , Bruxelles, Larcier, 2001. Voy., concernant le barreaude Bruges, A. V an  D en  A beele ,  De balie van Brugge. Geschiedenis van de Orde van advocaten in het gerechtelijk arrondissement Brugge (1810-1950) , Bruges, Vanden Broele, 2009. Concernant le barreau de Gand, voy. J. D ecavele  et C. V andewal  (dir.),  De tempel van Themis.160 jaar gerechtsgebouw en rechtspraktijk , Gand, Snoeck, 2007. Concernant le barreau de Courtrai : A. D eceuninck , «De advocaten enpleitbezorgers bij de Rechtbank van Eerste Aanleg in Kortrijk»,  De Leiegouw , (2001), pp. 247 à 289. Concernant le barreau de Turnhout : De balie van Turnhout tussen gisteren en morgen. 50 jaar autonomie 1946-1996,  Turnhout, Brepols, 1996. Concernant le barreau d’Audenarde :E. D e  R idder ,  Geschiedenis van de Orde van advocaten te Oudenaarde , travail de maîtrise inédit, Gand, Université de Gand, Faculté de Droit,2011. Il faut se rejouir par ailleurs de voir l’histoire du barreau d’Anvers bénéficier à court délai de l’étude qui est entreprise sous la directionde Bart Quintelier.(7) Parmi les plus récentes : C. M atheeussen ,  Honderd jaar Vlaams Pleitgenootschap bij de balie te Brussel, 1891-1991. Een verhaal vanVlamingen in hun hoofdstad , Tielt, Lannoo, 1992. Quant à l’ouvrage commémoratif des cent cinquante ans de la Conférence du Jeune Bar-reau de Bruxelles, il ne présente qu’un intérêt limité sur le plan de la recherche historique :  La Conférence du Jeune Barreau de Bruxelles,1841-1991 , Bruxelles, C.J.B.B., 1991.  introduction 17 bruylant Edmond Picard, leur  Manuel de la professiond’avocat , paru en… 1869. Son introductionhistorique retrace, de manière sommaire, sondéveloppement depuis 1811 et reproduitquelques documents fondamentaux (8). Celuiqui se laissait entraîner par la curiosité pou-vait également, s’il se montrait persévérant,se mettre en quête des contributions éparsesparues dans la presse juridique ancienne,  LaBelgique judiciaire  ou le  Journal des tribu-naux .En s’attachant, de manière superficielle etrécurrente, à célébrer quelques poncifs de sonhistoire – on songe principalement à l’actiondu bâtonnier Braffort et le refus de sermentopposé à Marie Popelin –, le barreau deBruxelles a laissé de lui-même, peu à peu, unereprésentation appauvrie. La surreprésenta-tion de ces poncifs a jeté un voile sur une his-toire riche et complexe. Ces personnalités ouces événements se sont mués en mythes, et ilsont pour ainsi dire phagocyté l’histoire dubarreau. Le champ de recherche qui s’estouvert avec la préparation de ce livre contri-bue à rendre un souffle à une histoire restéetrop longtemps enfermée.Mais ce confort qu’offrent au barreau cesponcifs historiques, ces mythes dans lesquels ilse complaît, s’est également accompagnéd’une négligence malheureuse, qui a entraînél’irrémédiable : l’absence d’une politique deconservation et d’inventaire de ses archives.Aucun des deux Ordres ne s’est donné lesmoyens d’assurer la transmission de son his-toire. Cette négligence est regrettable. Despans entiers de cette histoire resteront peut-être dans l’ombre. Si l’historien s’en émeut, ilest surtout conscient que c’est l’institutionelle-même et ceux qui la composent qui enressentiront les méfaits.Les choses changent. Les célébrations quiont entouré le bicentenaire du barreau sem-blent avoir sonné l’heure d’une prise deconscience. La présente entreprise en est l’unedes manifestations. L’attention particulièreque les bâtonniers Buyle et Van Gerven ontmanifesté à l’endroit de la démarche histo-rienne en témoigne. Ce «chantier de lamémoire» a également ouvert la voie à unquestionnement des autorités ordinales sur laconservation des archives et à l’idée de pro-mouvoir l’histoire du barreau à travers unmusée (9). Un musée? L’idée n’est pas nou-velle. Mais elle est d’autant plus opportuneaujourd’hui qu’elle rencontre la nécessité pres-sante d’ouvrir un espace d’accueil à la conser-vation des archives. L’idée d’un espace quiassocie les qualités d’un lieu de conservationet d’exposition devrait par ailleurs encouragerceux qui sont en possession d’archives à luiconfier leurs richesses : documents, objets,photographies. Ces dépôts contribueront àpermettre la reconstruction de la mémoire dubarreau et à corriger les errements du passé.Le présent ouvrage a été rédigé par deuxhistoriens du droit. Le défi qui consistait àrassembler les données nécessaires à la rédac-tion d’une histoire bicentenaire dans le délaid’un bâtonnat, à découvrir et explorer les pro-blématiques qui sous-tendent l’histoire dubarreau et, enfin, à livrer une contributionscientifique de qualité, a constitué unegageure qui n’a pas été entièrement surmon-tée. Le fruit de notre entreprise reste un tra-vail brut, qui manque de la distanciation quiaurait été nécessaire pour mieux définir ouapprofondir nos choix méthodologiques, pourdégager les axes fondamentaux d’une histoiredes avocats à Bruxelles et en Belgique, et lesquestionnements qui nourrissent cette his-toire. Tout au long de notre travail, nous noussommes évertués à nous convaincre que cetteexploration, même incomplète, même impar-faite, aurait au moins un mérite : celui d’unpremier défrichement dans la longue durée, etd’un premier travail de grande ampleur surl’histoire du barreau et de la profession d’avo-cat en Belgique.On s’en doute, l’état de conservation desarchives du barreau, les disparitions, l’absencede tout classement, à tout le moins pour leXIX e siècle et jusqu’à la fin de la premièremoitié du XX e siècle, ont constitué les obs-tacles les plus importants à la préparation de (8) G. D uchaîne  et E. P icard ,  Manuel de la profession d’avocat en Belgique , Bruxelles, Paris, Durand et Pedone-Lauriel, Claassen, 1869,pp. 1 à 48.(9) Procès-verbaux des réunions «archives» du barreau de Bruxelles des 15 décembre 2011, 30 janvier, 22 mars et 8 mai 2012.  18 introduction bruylant cet ouvrage. Le temps imparti à sa réalisationa ainsi naturellement repoussé toute démarcheheuristique plus approfondie et nous aconduits à nous appuyer principalement surune source, qui forme l’ossature de ce livre :les procès-verbaux du conseil de discipline –ou conseil de l’Ordre, rassemblés en recueilsdepuis 1811 (10). Cette source première a étécomplétée par diverses sources secondaires.Elles ont permis de saisir la portée de certainsévénements, de leur donner du relief ou de lacouleur, au-delà de la sobriété – des silences –qui caractérise un procès-verbal de réunion. La Belgique judiciaire  et le  Journal des tribu-naux  y ont largement contribué. D’autressources d’appoint ont été convoquées, selonles époques ou les thèmes abordés : ouvragesde déontologie, livres d’hommage, témoi-gnages de contemporains, presse générale,almanachs. Certains travaux d’historiens,enfin, ont permis de mieux appréhender lecontexte général, national ou local, danslequel le barreau a évolué, selon les époques.Un travail historique de qualité ne peuts’épanouir qu’après un temps de mûrissement.Une fois la collecte des sources opérée, ilconvient, en principe, d’observer à distance ce«matériau brut» à l’aide des connaissancesgénérales préexistantes, et de l’interroger, dele retourner, de le laisser nous interpeller. Nuldoute que cette phase du travail de l’histo-rien, la  problématisation , pourtant détermi-nante, fait largement défaut dans ces pages.Quels sont les thèmes autour desquels senouent les grandes orientations de l’évolutiondu barreau de Bruxelles, au cours de ces deuxcents années passées? La lecture du présentouvrage révélera en réalité certaines«problématiques pivots», qui se dessinentpresque spontanément, tant elles paraissentfaire corps avec la profession d’avocat, tantelles s’enracinent dans sa conceptionhistorique : la question de l’indépendance dela profession par rapport à l’autorité judiciaireet en tant qu’expression des valeurs démocra-tiques, ou celle du principe du désintéresse-ment, à travers les relations qu’entretiennentle barreau et le monde des affaires. D’autresquestions relèvent sans doute davantaged’une application au barreau de probléma-tiques qui ne lui sont pas exclusives, commecelles de sa féminisation (l’accès des femmes àla profession d’avocat) et de la question lin-guistique. D’autres enfin, qui se sont imposéesavec évidence : l’engagement durable desmembres du barreau dans la carrière poli-tique, dans l’hémicycle comme prolongementdu prétoire. Cette étude présente égalementun grand nombre de données biographiques,principalement sur les membres du barreauayant exercé les fonctions de bâtonnier.Ébauche d’un instrument prosopographique,complété et enrichi d’autres informations, ilpourrait être utilement croisé avec la prosopo-graphie des magistrats, et permettre uneconnaissance affinée du monde judiciaire, deses parentèles et de ses filiations idéolo-giques (11).L’ouvrage, présenté sous une forme chrono-logique, est divisé en sept parties, suiviesd’une brève étude historique sur la biblio-thèque. La périodisation qui a été adoptée, sielle est le fruit d’une décision arbitraire desauteurs, reflète avec justesse les grandesphases du développement du barreau et desévénements majeurs qu’il sera amené à tra-verser. Cette narration chronologique, aprèsavoir brièvement évoqué des racines plusanciennes, s’ouvre avec les effets du décret du14 décembre 1810. Mais quand cette histoiredevait-elle se clore? Nous pensions choisirpour terme  ad quem  la fin de la DeuxièmeGuerre mondiale et, en manière d’épilogue,effectuer un survol des enjeux auxquels devaitfaire face le barreau au cours des annéesd’après-guerre. Cet épilogue a changé devisage. Il y est question, en quelques pages, dela scission de l’Ordre unitaire. L’origine de (10) L’expression «conseil de discipline», appelation consacrée par le décret du 14 décembre 1810 sera préférée à l’expression «conseil del’Ordre», du moins jusqu’à la fin des années 1930, lorsque l’expression «conseil de l’Ordre» est devenue systématique.(11) Sur la prosopographie des magistrats belges, voy. les résultats du projet interuniversitaire «Prosopographie et répertoire des magis-trats belges aux XIX e -XX e siècles. Contribution à l’étude de la formation d’une élite socio-politique», complété par le projet «Prosopographiede la justice militaire belge (1830-1914)» ainsi que par le projet «Prosopographie des magistrats coloniaux belges (1885-1962)», menés parFrançoise Muller (U.C.L.), Catherine Goffin (F.U.N.D.P.), David Niget (U.C.L.) et Laurence Montel (U.C.L.), sous la direction de Jean-PierreNandrin (F.U.S.L.), Xavier Rousseaux (U.C.L.) et Axel Tixhon (F.U.N.D.P.), dont les résultats sont aujourd’hui partiellement accessiblessur le site www.just-his.be.  introduction 19 bruylant l’entreprise, dont ce livre est la première desmanifestations, et le contexte de sa mise enœuvre ont entraîné une prise de consciencefondamentale. Il ne pouvait être question deraconter l’histoire du bicentenaire du barreaude Bruxelles sans évoquer sa scission. Encou-ragée par les bâtonniers Buyle et Van Gerven,cette entreprise, comme l’ensemble des mani-festations du bicentenaire, s’est concrétiséedans une ambiance de coopération cordialeentre l’Ordre français et l’Ordre néerlandais.Écrite à deux mains, l’une néerlandophone,l’autre francophone, cette étude traduit lesouci de présenter aux membres de l’Ordrefrançais comme aux membres de l’Ordre néer-landais leur histoire commune. Mais cette his-toire commune ne peut être valablementcontée sans avoir égard à ce qui forme l’undes axes de cette histoire : la satisfaction pro-gressive, depuis la fin du XIX e siècle, de laquestion linguistique. Aussi, un ouvrageconstruit en l’honneur du bicentenaire du bar-reau ne pouvait-il se conclure sans se penchersur ce moment qui vit la disparition del’Ordre unitaire et la naissance de deux Ordres«communautaires».Les deux auteurs sont issus de cultures dif-férentes. Chacune des parties de cet ouvrageest rédigée alternativement en français et ennéerlandais (12). L’ouvrage présente des diver-gences formelles, liées à la différence desusages et à la singularité des traditions scien-tifiques, que ce soit dans l’approche méthodo-logique ou que ce soit dans les modalités derédaction, principalement celle des notesinfrapaginales. Il a paru nécessaire, dans unecertaine mesure, de permettre la coexistencede ces différences. Celles-ci doivent être assu-mées. Elles ne sont d’ailleurs que l’expressionformelle de deux subjectivités issues chacunede sa communauté linguistique. Rédigé pardeux mains, avec leurs différences, y comprisformelles, cet ouvrage s’enrichit de ces deuxvisions.Certains, assez légitimement sans doute,souhaiteraient qu’un ouvrage commémoratif du bicentenaire du barreau de Bruxelles par-coure deux cents ans d’histoire jusqu’aux der-niers jours de 2011. Nous avions, en tantqu’historiens, les meilleures raisons du mondepour éviter cet écueil : raconter les années lesplus récentes de cette histoire se heurte à cettedistanciation nécessaire au mûrissement du«matériau» que constitue la source. Raconterce barreau-là n’est pas aujourd’hui – pasencore – la mission de l’historien. Il fallait évi-ter cet écueil pour une autre raison, beaucoupplus prosaïque celle-là. Sans doute faut-il seféliciter de voir le barreau s’intéresser enfin àson histoire. Mais nous avons souhaité éviter,le plus possible, d’évoquer des personnalitéscontemporaines ou des événements dans les-quels certains contemporains ont exercé unrôle. L’importance de la filiation et des paren-tés entre avocats n’a fait que renforcer cetteconviction. On a pourtant risqué une conces-sion ailleurs, en présentant, dans des annexesvolumineuses, des données relatives à lapériode 1811-2011, voire même 2012. Il s’agitde données brutes, dépourvues de mise enforme ou d’analyse quelconque. L’historiens’y retrouve donc, d’une certaine façon : le lec-teur s’attardera plus particulièrement sur laliste des bâtonniers et sur les corrections qui yont été apportées, sur les données relatives àl’évolution du Tableau, etc.Le patrimoine documentaire du barreau –au-delà des archives dont la gestion reste àorganiser – s’appuie encore sur une institutionbien vivante : sa bibliothèque. Rassemblantles outils de connaissance destinés aux besoinsde l’avocat d’hier et d’aujourd’hui, elle consti-tue aussi, depuis 1842, une source vivante del’histoire du barreau de Bruxelles. Sa biblio-thécaire en chef, Mme Ellen Tistaert, dans « Lemurmure des livres.  Als boeken vertellen…Historiek van de bibliotheek van de balie vanBrussel», en présente l’historique. (12) À l’exception de la quatrième partie, intitulée  D’une guerre à l’autre . Le chapitre consacré à la Première Guerre mondiale, en néer-landais, a été rédigé par Bart Coppein. Le chapitre consacré à l’entre-deux-guerre, en français, a été rédigé par Bart Coppein (paragraphesconsacrés au «Barreau d’affaires» et aux «Figures de bâtonniers») et par Jérôme de Brouwer (paragraphes sur «La femme-avocat» et «Lebarreau de Bruxelles et la question linguistique»). Pour sa contribution, « Le murmure des livres.  Als boeken vertellen… Historiek van debibliotheek van de balie van Brussel», Ellen Tistaert a préféré le néerlandais – la langue de son diplôme – dans lequel sa rédaction lui parais-sait plus aisée.
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